Comment un système peut-il gouverner sans être lui-même gouverné ?
Le rapport 2025 sur les entreprises publiques camerounaises vient de révéler un chiffre choc : 71 PCA qui sont actuellement en fonction, sont en violation de la loi. Au-delà des textes, c’est toute notre culture de gestion qui est à un tournant. Entre les scandales Glencore et les milliards évaporés cités par la CONAC, l’éthique n’est plus un débat philosophique, mais une urgence de survie économique.
La conformité doit devenir un réflexe, pas une option. Le changement commence au sommet.
Au Cameroun, les débats sur la gouvernance ne sont plus théoriques. Ils reflètent une réalité qui inquiète. Des entreprises fragilisées, des décisions contestées et une confiance qui s’effrite. L’éthique n’est plus un thème de conférence. C’est une urgence nationale.
Tout a basculé lorsque le rapport 2025 sur les entreprises publiques a révélé que 71 Présidents de Conseils d’Administration étaient en violation de la loi durant leurs fonctions. Resultat : plus de 63 % des PCA hors mandat avec des conseils qui continuent pourtant de délibérer, nommer et décider.
Comment parler de gouvernance quand ceux qui doivent l’incarner ne respectent pas la loi qui la fonde ? En d’autres termes, comment un système peut-il gouverner sans être lui-même légalement gouverné ?
Cette situation n’est pas isolée. Elle expose un problème plus profond : une culture de gestion qui tolère l’illégalité, contourne les règles et banalise la conformité. C’est donc cette culture qui mine le développement économique.
- Le Cameroun face à ses propres contradictions
Le pays dispose pourtant d’un arsenal juridique solide. La loi de 2017 sur les entreprises publiques fixe les mandats, organise les organes et encadre les décisions. Le Code de gouvernance d’entreprise du GECAM recommande transparence, responsabilité, contrôle interne et respect des parties prenantes. Tout y est. Mais entre les textes et les pratiques, un fossé demeure.
Les rapports successifs de la CONAC l’ont montré. En 2021, près de 44 milliards de FCFA se sont envolés dans des pratiques de gestion irrégulière. L’affaire Glencore a rappelé que la corruption dans le secteur des ressources naturelles reste un problème structurel. Certaines entreprises publiques, ont, chacune à leur manière, connu des difficultés liées à des failles de gestion et de contrôle.
Dans ce contexte, l’éthique ne peut plus être vue comme un supplément de moralité. C’est la base d’une gouvernance crédible. Sans éthique, les textes deviennent décoratifs et les organes décisionnels perdent leur légitimité.
- L’éthique comme condition de survie de l’entreprise
Dans le monde des affaires, la gouvernance repose sur trois piliers : la transparence, la responsabilité et la conformité. Au Cameroun, ces principes restent fragiles.
La transparence est trop souvent considérée comme un risque plutôt qu’une obligation. Les responsabilités se diluent dans des chaînes hiérarchiques opaques, on ne sait plus qui est responsable. La conformité devient une formalité administrative, non un engagement ferme.
Pourtant, les conséquences sont réelles. Une gouvernance faible décourage les investisseurs, alourdit les coûts opérationnels et ralentit les projets. Elle crée un climat où la loi devient optionnelle. Or, aucun marché ne prospère durablement dans un environnement où la norme devient facultative.
L’entreprise moderne ne peut pas réussir dans le flou. Elle doit démontrer qu’elle respecte les règles, protège les intérêts en jeu et agit de manière cohérente. Une gouvernance solide ne se décrète pas. Elle se prouve.
- Pourquoi l’éthique change tout
L’éthique ramène les acteurs économiques à l’essentiel : respecter les règles, protéger les parties prenantes et justifier chaque décision. Elle crée un cadre où la crédibilité prime sur les privilèges.
Dans les entreprises camerounaises, intégrer l’éthique revient à :
- Sécuriser les décisions ;
- Réduire les risques de contentieux ;
- Attirer les financements ;
- Renforcer la stabilité interne ;
- Instaurer une culture de responsabilité ;
- Redonner confiance aux partenaires.
Chaque scandale de gestion rappelle la même vérité : la performance financière ne peut pas compenser l’absence de probité. Une entreprise peut survivre à une crise économique. Elle survit rarement à une crise de confiance.
- Un changement possible
Le Cameroun n’est pas condamné à subir ses faiblesses. Les entreprises disposent aujourd’hui de plusieurs outils : le Code de gouvernance du GECAM, les lois du secteur public, les normes OHADA et les standards internationaux. L’enjeu n’est plus de produire des textes. L’enjeu est de les appliquer.
Il est temps de replacer l’éthique au cœur des conseils d’administration. De renforcer les comités d’audit. D’exiger des comptes. De professionnaliser les dirigeants. Et surtout, de faire de la conformité un réflexe, non un acte ponctuel.
La gouvernance camerounaise arrive à un tournant. Les scandales récents ont montré les limites d’un système qui tolère l’irrégularité et banalise le manque de transparence. Pour avancer, il faut ancrer l’éthique au cœur des décisions et dépasser les pratiques héritées. Mais une réflexion demeure : le Cameroun peut-il vraiment espérer un secteur privé fort sans une gouvernance éthique ? Les dirigeants sont-ils prêts à abandonner les réflexes opaques ? Le Code du GECAM deviendra-t-il un outil réel ou un document symbolique ?
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